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ENTRE CHIEN ET LOUP

Ce lendemain de réveillon, malgré le retour du soleil, la flemme regnait en maître dans mon petit appartement de Digne. En début d'après-midi, je finis par me forcer à prendre l'air et à profiter de la neige fraîche qui vient de tomber. Je pars du côté des Monges...

Au dessus du petit village de Barles, je rate le bon départ sur la mauvaise rive du torrent, sur des pentes chaudes garnies de genêts à balai à peine recouverts de neige, ressemblant plus aux collines de provence qu'aux montagnes des Alpes. J'aurais mieux fait de rester en bas plutôt que de faire le sanglier sur ces collines, me dis-je en premier lieu ! Mais plus haut, je finis par rattrapper le bon wagon, et en traçant dans la combe froide, je suis attiré par un animal qui circule sur la crête. A première vue, c'est un renard. Je sors les jumelles : c'est en fait un chien (errant), à moins que ce ne soit un loup !

Je m'immobilise et observe l'animal durant près de vingt minutes. Plus je le regarde, plus j'ai la conviction que c'est un loup. Coloris, forme générale, queue large et, détail significatif supplémentaire, retombant normalement derrière l'animal, ni redressée ni se balançant comme c'est souvent le cas chez les chiens. Un deuxième apparaît dans le champ de vision. Le même. Deux chiens errants ensemble, ressemblant tous deux à des loups, voilà qui est encore plus rare. L'hypothèse est presque confirmée d'autant qu'ils finissent par me détecter et détalent à toute vitesse dans le vallon opposé, tout ça sous l'œil d'une harde de chamois inquiets. Au retour, avant de godiller cette fois du bon côté de la montagne dans le froid de l'hiver, je relève les traces dont l'espacement des pelotes des doigts s'apparente vraiment à celui des loups. Le parc du Mercantour m'apporte ensuite un élément décisif : il y a bien deux loups (pas un ni trois mais deux) qui circulent depuis quelques mois dans le massif des Monges.

Cette observation exceptionnelle et géniale ne m'a pas fait regretter le déplacement. D'autant que j'ai déjà consacré plusieurs jours dans le Mercantour, dans l'espoir d'observer le loup, en vain...

Cloche de Barles (janvier 2000)
 

Coucher de soleil sur les Monges depuis le Blayeul.

© lionel tassan 1999

En voulant à tout prix ne réaliser que des sorties "sportives" dans le seul but de remplir un carnet de courses, on risque de passer à côté de l'émerveillement que la montagne et la nature en général peuvent nous procurer.

Je réalise régulièrement des sorties techniquement sans histoires, sans me poser de questions sur les risques, rien que pour les yeux. Le plaisir et les sensations sont différents mais tout aussi intenses. Certains diront que j'ai eu de la chance pour ces loups. je leur réponds simplement : en multipliant les heures sur le terrain et en variant les pratiques, la nature nous fait régulièrement de beaux cadeaux comme ce 2 janvier.