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COULOIRS

Les sorties les moins programmées sur le papier sont souvent les meilleures : j'avais remarqué plusieurs fois cela. Ce n'était pas la première fois que je partais sans but bien défini pour une petite journée et qu'au final, il restait une sortie formidable.

Ce 14 avril 2001, nous partons, Fabrice et moi, pour aller jeter un coup d'œil à un couloir à côté de la brèche de Philippe dans le Valgaudemar. "On verra bien sur place ". J'avais bien repéré sur la carte une autre entaille dans le versant nord de cette crête de Chauvetane mais une photo de Fabrice, certes de fin de printemps mais prise une année de gros enneigement (91), avait confirmé ce que je pensais : ça ne doit pas passer dans le milieu. Nous partons donc légers, avec quand même les crampons et mon piolet en "plastique". La journée commence mal : cinq minutes de marche et je tombe en entier dans un torrent en glissant sur une pierre glacée. Je bataille pour en ressortir pensant être trempé jusqu'aux os : miracle, le matériel imperméable a limité les dégats, on doit pouvoir continuer...

A la base dudit couloir, le rétrécissement semble passer : trois-quatre mètres tout au plus vu du bas. C'est peut-être l'année pour y aller. "On essaye ? Ca doit pas être extrême !"

A l'étranglement, la bonne neige nous rassure pour la descente ; en revanche, l'inclinaison approche déjà les 50 degrés et j'ai l'impression que la pente va crescendo jusqu'en haut. "Maint'nant qu'on est là, on ira en haut ! ". La sortie, sous la grosse corniche, est très raide et de plus, il y a un mur pour atteindre le collet. Nous sortons sans les sacs pour la vue mais c'est sûr : il faut chausser dans la pente. Nous taillons une petite terrasse dans la neige heureusement bonne (50 cm de poudreuse tassée) pour pouvoir chausser et c'est parti.

Un peu de neige dure au départ, un couloir très étroit en forme de "livre ouvert" et la pente très raide nous incitent à ne pas jouer aux héros : ça se passe en dérapage avec piolet à l'amont pour les 20 premiers mètres. La suite est faite de virages aériens dans une descente fantastique mais sans s'enflammer : le rétrécissement du milieu sanctionnerait sévèrement une chute. "Il aurait fallu monter l'équiper avec des matelas posés sur les rives, dit Fabrice". Bien sûr, à partir du milieu, lorsque l'exposition devient faible et que la pente redescend en-dessous des 50°, c'est la délivrance.

Ce couloir reste un magnifique souvenir. Bien marqué, il est logique qu'il ait pu déjà être descendu à skis. Mais un coin retiré, peu connu, un passage problématique à mi-hauteur, et le fait qu'il débouche sur une crête secondaire qui n'a pas de nom prestigieux laisse planer le doute. Aucune mention n'est faite sur le guide Labande du haut Dauphiné. Je suis donc preneur de toute information concernant celui-ci.

Dans ce genre d'entreprise de ski de pente raide, si un bon niveau de ski est requis, le plus important est le moral. Il dépend entre autres de l'évaluation des risques en fonction certes de la pente, mais aussi de son exposition et de la qualité de la neige qu'on y trouve. Cette faculté ne s'acquiert qu'en faisant des descentes de plus en plus raides, en progressant lentement et en ne tentant jamais n'importe quoi. Comme pour tout, il faut "avaler" du dénivelé et des pentes. Après quoi, il est peut être moins dangeureux de s'aventurer dans ces couloirs que sur de grandes classiques plus faciles où le risque d'avalanche est omniprésent. C'est donc au skieur de juger en fonction de lui-même. Il restera un facteur qui s'apprécie d'autant mieux qu'on est sur place et qu'on pratique tout au long de l'année : choisir une bonne neige pour descendre. En cas de mauvais choix, mieux vaut renoncer (échappatoire par une autre voie, piolet ski en dérapage voire redescente à pied éventuellement).

Fiche technique : Ecrins sud, Valgaudemar, Crête de la Chauvetane, couloir nord du point côté 2785m. Cotation : 5.3/E2/AD+ Couloir rectiligne de 500 mètres : 250m larges entre 35 et 45° et 250m à 50° environ dans le haut avec des difficultés supplémentaires : rétrécissement avec enneigement aléatoire au milieu, étroit dans toute la partie raide et une forme en V obligeant un ski sur les contre-pentes la plupart du temps.

Ci-dessous : deux vues du couloir ce 14 avril 2001 : Fabrice dans la remontée. © lionel tassan 2001

Crête de la Chauvetane.

Couloir nord du p. 2785m

Le couloir et ses deux parties bien distinctes : large et d'inclinaison modérée en bas, étroit et très raide au-dessus d'un étranglement qui ne s'enneige peut-être pas tous les ans.

Ci-dessus : juin 91- © fabrice delie 1991

Ci-dessous : avril 01 - © lionel tassan 2001