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ESCALADE ET BRICOLAGE

Je n'ai jamais eu un gros niveau en escalade. C'est peut-être pour cette raison que ma préférence va aux grandes voies. On a des sensations et notamment celles que procure le gaz, que l'on ne trouve pas en couenne. Et puis, cela reste valable même dans des difficultés modérées.

Ce 2 novembre 1999, nous étions partis pour le Verdon, François et moi, sans vraiment d'objectif particulier. La météo annonce un temps couvert l'après-midi et un lendemain plutôt incertain : autant en profiter. Nous jetons notre dévolu sur la Virilimité. Ce récit n'a rien d'héroïque et rien de comparable à ce que peuvent vivre les grimpeurs dans les grands murs du Yosémite. Néanmoins, cette journée m'a donné l'occasion d'utiliser la plupart des techniques que je connaissais pour "sortir au sommet quoi qu'il arrive", en somme, un bon éventail de bricolages.

Certains pourront peut-être trouver dans cette histoire, l'envie de parcourir cette très belle voie, et un aperçu de l'escalade qui les attend...

Le temps de trouver le départ, une approche un peu râtée, il est 11 heures à l'attaque "Faudrait p't'être se remuer un peu". A 18h, c'est presque nuit noire à cette époque. Chacun regarde l'autre pour savoir qui va attaquer ce peu engageant A2 du départ avec ce joli piton tête en bas garantissant à coup sûr une chute au sol en cas de vol. C'est avec soulagement que je vois François s'équiper des coinceurs et de notre quincaillerie. "Bon, j'y vais pasque sinon, y va bientôt fair nuit ! ", me dit-il, pas très enthousiaste.

Un clou et deux friends plus tard, toujours pas de protection sûre. La cotation semble se confirmer. François ne tente pas le diable sur cette longueur donnée 7a en libre. Il passe en artif et limite les risques. Evitons le vol ! Lorsque j'enquille en tête la deuxième longueur, se dresse au-dessus de moi la plus belle dalle que j'ai vue à ce jour. Un mur lisse de 40 mètres, qui sera probablement jamais libéré mais heureusement, bien équipé par les ouvreurs. Je sors la longueur en artif (les rapaces, il ont bien calculé ; à chaque fois, il faut se mettre sur la pointe des pieds dans la dernière marche de l'étrier pour mousquetonner le point suivant, heureusement que les grimpeurs sont en principe des nabots). Un peu de libre plus loin et nous atteignons une bonne terasse de chênes verts.

Le départ de L4 se présente comme une voute déversante avec un premier clou à 5 mètres. Comment l'atteindre ? C'est décidé, je monte dans un arbre, puis, depuis une branche douteuse, m'étends au maximum. Je mousquetonne le point et pendule. La suite est plus classique : étriers avec encore une fois du A1 assez soutenu. Au relais, je suis rassuré : François, mieux doué que moi en escalade, tire sur tout ce qui dépasse même en second. Il repart en tête dans une superbe traversée en libre. Du V comme on aimerait en voir plus souvent. La longueur est très exposé mais l'adhérance est excellente sur des gouttes d'eau.

C'est à moi maintenant. La L6 sent à nouveau l'artif. C'est encore une traversée sur de très belles gouttes d'eau, mais en sens inverse. Entre deux points douteux, le 6b ne m'inspire pas du tout. Je passe comme en marchant sur des œufs, sur un crochet dans un goutte d'eau. Ca tient ! Je barde de coinceurs la fissure qui suit donnée 6b+. Relais ! Retraversée à droite, à nouveau en libre, facile mais expo pour François. Ca y est, nous avons passé les vires "illimitées". Reste à remonter un système de fissures athlétiques pour sortir. Rapide pause énergétique...

Bon, j'y vais. La huitième longueur est une belle fissure verticale. V+ et un peu d'artif facile et c'est le relais. François, cette fois, s'attaque à plus gros. Une longueur très raide de 40 mètres va le mener au palier suivant. Après du A1 au départ, on trouve cette fois beaucoup d'escalade libre et une suite évaluée en 6a+ obligatoire. De la belle escalade. françois se fait plaisir. Il ne trouve pas le relais et, à bout de corde, pose un anneau sur un arbre.

Les deux longueurs qui suivent ne sont pas reposantes du tout. En V maximum, elles sont très peu équipées et les protections sont délicates. Plus psychologiques qu'efficaces d'ailleurs. Néanmoins, on active et on passe assez vite car la nuit tombe. François est à l'avant dernier relais. Ca court maintenant. Lorsque je le rejoins, il me dit. "Dis donc, t'as vu la fissure au-dessus ? Ca sent la baston !" Moi qui commence à avoir les bras gonflés, ça ne m'encourage pas vraiment. Sur le topo, c'est V+. Mais je me méfie ; des V+ "terreur"en terrain d'aventure ça ne manque pas. Je commence à regretter de ne pas avoir écouté mon compagnon de cordée qui voulait terminer par deux longueurs en libre, plus difficiles, mais bien équipées, sur la droite de notre voie. "C'est à toi me dit-il !"

Pas tranquille, je franchis pourtant facilement le premier ressaut grâce à un arbre. J'atteins la fissure-cheminée en question. Je place un coinceur qui ne retiendrait même pas un moineau et continue. J'y vois plus rien. J'allume la frontale. Je suis en haut de la cheminée. Faut en sortir. Le sac me gêne. Je ne trouve pas la bonne prise. Je sais que je suis à 20 mètres du relais sans point. Une pluie fine s'ajoute aux éléments. Le top quoi ! Je cherche avec ma main car je ne peux voir les prises. Je me demande vraiment comment sortir. Interdit de tenter n'importe quoi vu les protections ! Finalement, une position me permet de gagner quelques centimètres. Je trouve un bac. Pas trop tôt. Bon faut y aller. Je place les pieds en adhérance, tire comme un bourrin sur le bac. "Y doit bien y avoir d'autres bonnes prises au-dessus ! me dis-je"...

Lorsque je sais que je suis sorti, je pousse un cri de rage et de soulagement. P... de fissure. "C'est bon, je suis passé, tout va bien !". De confortables chênes verts nous accompagnent pour la fin de cette douzième longueur. Toujours un grand moment l'arrivée dans les arbustes du haut du Verdon.

La Virilimité est une très belle voie de 270m, côtée TD+ dans le topo du Verdon, ED- dans les 100 plus belles (course n°91 quand même). Compte tenu de la longueur, et de l'aspect soutenu, j'opterai s pour cette seconde cotation avec pour complément d'information : 7a/A1 ou 6a+/A2 obligatoire.

Nous y avons passé 7 heures, ça nous semble un horaire normal pour une cordée ne faisant pas partie de l'élite en escalade. Un niveau 6b en libre me paraît requis, ainsi qu'une bonne expérience du terrain d'aventure. Il est souhaitable d'avoir déjà un peu manié les étriers.

Pour le matériel à prendre, les pitons ne sont pas vraiment utiles. Par contre, avoir un bon assortiment de coiceurs, friends et sangles. Prévoir le paquet de dégaines pour L2 (au moins 20). L'équipement en place date de 1976, année de l'ouverture par B. Gorgeon, P. Gras, J. Keller et Nosley.

L'escalade est variée, libre, artif, dalles, fissures ; avec le gaz du Verdon.

A noter :

- un coinceur bien utilisé est un point très sûr. Un excentric n°9 m'a déjà bien rattrappé lors de mon vol au pilier du six juin à la Sainte Victoire en 1996.

- Le crochet à gouttes d'eau est à manier avec précaution. J'ai l'expérience d'un crochet qui lâche. On ne s'y attend pas et on tombe en vrac. (mais ce jour là, je m'étais autorisé à jouer "au crochet qui risque de ne pas tenir" car en-dessous, il y avait un spit tout neuf.

- " Mieux vaut un piton de plus qu'un homme de moins, surtout si cet homme c'est moi " (Georges Livanos)

Voie Virilimité au Verdon, 2 novembre 1999
François dans la première longueur, A2

© lionel tassan 1999

François s'accroche à tout ce qui dépasse, L4

© lionel tassan 1999

En granite comme en calcaire, ne pas oublier les coinceurs.

© lionel tassan 1997

Autre bricolage à l'ouverture de la voie "Carte bleue" avec Cédric, Sainte Victoire.

© lionel tassan 1998